Rechercher un programme
VH3 - Les techniques
Voir l'ensemble des programmes liés
- Le manuscrit relié par Turner
- La disposition des dessins
- Les techniques
- La dérive des significations
- Ombres et figures de l'infini
- Les 36 dessins du manuscrit
Hugo n'avait jamais poussé à ce point la compénétration de l'écriture littéraire et des techniques propres au dessin. Dans le texte même des Travailleurs de la mer, et en particulier au moment du dénouement, il résout le problème de la transposition réaliste des lointains par une solution poétique étroitement associée au procédé par lequel il fond et enchaîne les images de l'oeil, des rayons et des astres. Il utilise la perspective atmosphérique, telle que la pratiquent en particulier les aquarellistes. Le Cashmere renvoie la lumière solaire qui le distingue des lointains : " Il n'était plus qu'un point ayant, à cause du soleil, la scintillation d'une lumière ". Le contraste lumineux disparaissant, le fondu s'accomplit lorsque le point que représentait encore le navire devient " tache ", qui se dissout quand le support et la touche se mêlent, par l'entremise d'un diluant tout trouvé : l'eau. Celle de la brume. Selon le système phonétique et colorique hugolien, la brume participe de la logique des fusions. La tache en est l'expression et l'actrice. Dans le texte, le recours à la tache a une quadruple signification. Réaliste, parce qu'elle permet de figurer justement le rendu de l'éloignement. La tache est l'indistinction de la forme et de ce qui l'entoure, comme le souligne d'ailleurs le texte. Elle renvoie le lecteur à son expérience des faits optiques. Plastique, en ce que la tache donne encore une consistance visuelle à l'indéterminé. Elle active une dialectique entre la forme et l'informel. Elle est un reste de beauté. Une vision qui s'efface, et un effacement qui se fait vision. Métaphysique, parce que la tache correspond à l'idée de " poussière " qu'est redevenu Gilliatt. Poussière mêlée d'eau ! Cependant, la tache fait du Rien qu'elle est un pressentiment d'autre chose, ou d'Ailleurs. Et, tout en participant du mouvement vers le sublime, elle rappelle aussi les idées de péché, de souillure, de limite (de l'homme et du texte, ici confondues à dessein). Scripturaire enfin. Elle permet de proroger la représentation après la mort du héros et de concrétiser l'extinction du point de vue interne. Même, elle accompagne la disparition du point de vue externe, celui du scripteur. Qui, à sa façon, n'est lui aussi qu'un être d'encre, d'eau et de papier. Il ne s'agit pas de la part de Victor Hugo d'une anticipation des procédés qualifiés de " tachistes " dont useront, par la suite, tel ou tel artiste. La " Tache " est aussi bien le titre qu'il donne à nombre de ses compositions qu'un procédé littéraire. Il y a un mimétisme maritime concerté dans tous les aspects de son écriture, que les dessins confortent et prolongent. Sur le plan rythmique et pour leurs effets visuels, les phrases-paragraphes se perçoivent comme autant de vagues successives. L'imitation repose sur le rapport implicite entre, d'un côté, le blanc de la page et l'infini marin, de l'autre les lames et les versets. Rythme biblique, océanique et poétique se compénétrent, comme autant de régimes symboliques aptes à proférer la tension vers le sacré. Ils sont la respiration du texte et de l'onde, qui survivent à Gilliatt, avant que le texte à son tour ne disparaisse, laissant au verso de sa dernière page un ultime dessin.
19/12/2002
Durée du programme :11 minute(s) et 34 secondes
Classification Dewey :Les arts, Littérature
Entretiens
Niveau :Tous publics / hors niveau
Disciplines :Lettres classiques, Histoire de l'art et Archéologie
Fiche LOM-FR :Français
Générique :
Réalisateur(s) :
CREA Université Rennes2