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VH2 - La disposition des dessins

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Au bas de la dernière page du manuscrit, on lit : " fini le 29 avril 1865, à onze heures du matin, dans ma chambre de verre ". Et au verso : " J'écris la dernière page de ce livre sur la dernière feuille du lot de papier Charles 1846. Ce papier aura commencé et fini avec ce livre ". N'est-ce qu'anecdotique ? Il s'est trouvé qu'un écrivain a justement terminé son oeuvre sur la dernière feuille de sa rame de papier… Sauf que Victor Hugo avait choisi pour rédiger ce roman un papier spécial (C. Harris 1846, et non pas Charles, écrit par erreur), et que ce lot fut entamé pour et terminé avec le texte des Travailleurs de la mer, sur la première page duquel il avait également pris soin de noter : " 4 juin 1864 / J'entame aujourd'hui le papier Charles 1846 que Bichard m'a vendu comme inaltérable ". S'il inscrit en exergue et après la dernière page cette double coïncidence, ce n'est donc pas pour s'en amuser, mais parce qu'il sait parfaitement que son roman confère un rôle thématique et structurel majeur au papier, à l'eau, à la blancheur, à l'encre, aux feuillets, au livre. Le roman ne se contente pas de se terminer sur une vision de personnages qui s'effacent de la surface du texte en même temps que la rame de papier s'épuise : la fiction avait débuté par un chapitre intitulé " Un mot écrit sur une page blanche ". L'effet de symétrie est concerté : le premier chapitre, avant que de présenter l'identité des personnages, comme tout incipit, les prend en amont, à un niveau si l'on peut dire infra-scripturaire. De même que le finale referme le discours sur l'infini conjoint de la mer et de la page, l'incipit orchestre l'apparition d'une écriture sur fond de blanc, dramatise la naissance même des signes (traces, empreintes), et fait coïncider leur lecture (effectuée par hasard, involontairement) avec le commencement d'une ananke. Ainsi le destin de Gilliatt est-il déclenché par le déchiffrement de son nom, écrit de la main de Déruchette, blanc sur blanc, dans la neige exceptionnelle d'un Noël - la date de " La Christmas ", premier mot du livre, et la trinité de personnages donnent le cadre théologique qui se refermera sur la mer, question à l'Infini - qui recouvrait l'île (robe et linceul) d'une sorte de page immaculée vouée à la liquéfaction, sur laquelle cependant s'inscrivirent des signes éphémères : " Le hasard fit qu'il [Gilliatt] avait les paupières baissées, son regard tomba machinalement sur l'endroit où la jeune fille s'était arrêtée. Deux petits pieds s'y étaient imprimés, et à côté il lut ces mots tracés par elle dans la neige : Gilliatt. Ce mot était son nom. Il s'appelait Gilliatt ". Traces et empreintes précèdent l'écriture, et même la nomination des personnages, retardée. A la mise en scène de ce Fiat verbal répondra l'orchestration de la dissolution du roman / poème, à la fin.

Date de réalisation :

19/12/2002

Durée du programme :

15 minute(s) et 41 secondes

Classification Dewey :

Les arts, Littérature

Catégorie :

Entretiens

Niveau :

Tous publics / hors niveau

Disciplines :

Lettres classiques, Histoire de l'art et Archéologie

Fiche LOM-FR :

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Langue :

Français