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VH5 - Ombres et figures de l'infini

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VH5 - Ombres et figures de l'infini

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Assurément, la " pieuvre ", Hugo préférerait ne pas devoir y croire. Il est pourtant clair que sa figure concentre tous les éléments majeurs de son imaginaire : l'ombre, l'orbe, l'océan, l'infini, le vide, l'oeil, les rayons, etc. Mais sur un mode expressément négatif, qu'il s'agisse de rhétorique ou de théologie. Sans doute, la " pieuvre " est-elle, pour le " philosophe ", un concept inconcevable, du moins antithétique avec l'axiologie proclamée dans le roman. Hugo est parfaitement conscient qu'en la concevant, il atteint les limites du représentable. " Croire des choses qui ont des contours, c'est doux. Je crois des choses qui n'ont pas de contours. Cela me fatigue ", écrit-il. Or, la pieuvre est justement " la noirceur ayant un contour ", entrevue par Gilliatt. Pourvue d'un contour, elle s'impose comme absolu de la noirceur au coeur de la Création. " La pieuvre " ne transpose pas un personnage romanesque, ne concrétise pas les formes de l'animal. Collée au verso d'un feuillet, " La pieuvre " n'est pas une illustration, c'est le prolongement muet d'une représentation littéraire qui est allée jusqu'au bout du formulable. Ce dessin prend le relais d'une poétique, une fois atteintes les bornes au-delà desquelles l'écrivain devrait endosser le rôle (et emprunter le langage) du philosophe, pour conclure peut-être à la vanité des espérances qu'il proclame pourtant. Il y a la pieuvre, certes, mais il reste l'encre, l'eau, la plume de l'oiseau, la blancheur du papier. Si la première fait douter de Dieu, les autres sont la contre-épreuve de la Création. Ou plutôt des créations : divine et littéraire. Car ce dessin est encore langage. Il prolonge, dans sa facture même, le langage poétique hugolien. Par l'encre. Il existe une connivence souterraine entre le rôle central, " tentaculaire ", que joue la pieuvre dans les réseaux imaginaires du roman, et l'usage qu'Hugo fait de son encre. " L'encre, cette noirceur qui fait de la lumière ", écrit-il dans Océan. Ce qui justement caractérise l'encre, c'est qu'elle opère la jointure entre l'écriture et le dessin. La même qu'elle assure aussi entre l'homme, le langage et l'infini. Si l'encre, dans le texte décrivant la pieuvre, est passée sous silence, c'est qu'elle accomplit la continuité de l'homme à Dieu par le truchement du Mal. Tout se passe comme si la noirceur de l'encre la faisait participer du mythe de la chute. L'encre est l'indicible dénominateur commun de la création poétique et du Monstre, lequel est lui-même l'envers de la Création divine, son ombre. Aussi bien, davantage qu'un procédé, l'encre diluée, traitée à la manière de la sépia (terme savant désignant l'espèce à laquelle appartient le poulpe, mais aussi substance tirée de son encre), est-elle ce " trou noir " de la poétique hugolienne, interrogeant du même élan sa propre création et la Création divine, et enjoignant cette dernière de se justifier sur la compénétration du Mal avec l'Idéal.

Date de réalisation :

19/12/2002

Durée du programme :

13 minute(s) et 9 secondes

Classification Dewey :

Les arts

Catégorie :

Entretiens

Niveau :

Tous publics / hors niveau

Disciplines :

Lettres classiques

Fiche LOM-FR :

Obtenir la fiche

Langue :

Français


Générique :

Réalisateur(s) :

CREA Université Rennes2