Entretien avec Inès Efrón - Traduction
Odile Bouchet : Bonjour, Inès Efrón. Tu es actrice. Actrice de cinéma uniquement ?
Inès Efron : J’ai aussi fait du théâtre, mais plus maintenant.
OB : Plus maintenant ?
IE : Non.
OB : Depuis quand ?
IE : Euh, six mois. Je ne peux pas faire du cinéma et du théâtre en même temps parce que parfois du jour au lendemain je dois être disponible un mois ou plus pour un film …ou un voyage. Je ne pourrais pas voyager.
OB : Bien sûr. Et tu tournes beaucoup ces derniers temps ?
IE : En ce moment, oui.
OB : Pourrais-tu nous en dire plus ?
IE : Eh bien, que vous dire ? Vous voulez que je vous parle de tous mes films ?
OB : Tout ce que tu veux.
IE : Houlà ! Voyons…J’ai débuté à l’âge de vingt ans dans Glue, un film programmé ici, puis j’ai enchaîné avec Cara de queso qui est ici, puis XXY. Après la sortie de ces trois films, j’en ai tourné trois autres qui ne sont pas encore sortis : El nido vacío de Burman, La mujer sin cabeza de Lucrecia Martel puis Amorosa soledad, de Victoria Galardi et Martin Carranza, qui passera à Cinéma en Construction.
OB : Tu travailles avec les plus grands réalisateurs actuels.
IE : Et oui…
OB : Lucrecia…
IE : Lucrecia et Daniel, mes deux rêves les plus chers.
OB : Je comprends. Et alors, comment vis-tu tout ça ?
IE : J’essaie de comprendre d’où cela vient et ce que je peux en dire si jamais c’est bien réel. Comment dire…les gens qui le veulent m’appellent pour un rôle …et j’essaie de garder les pieds sur terre, de voir quel chemin il me reste à parcourir dans ce que je vis. J’en suis toujours à essayer de comprendre ça. Pour le moment, j’en profite, je m’amuse et je joue au jour le jour. La situation est assez étrange, car une fois que tu as fini de jouer, une fois le travail d’actrice terminé, d’autres choses viennent s’ajouter, comme par exemple les gens qui te reconnaissent dans la rue, les interviews, tout ce qui est lié à la position publique, comme s’il s’agissait d’un autre travail en plus de celui d’acteur.
OB : Et cet autre travail te plaît ?
IE : C’est celui qui m’est le plus difficile. Je n’y comprends pas grand-chose. C’est comme si je n’arrivais pas à faire le lien entre mon métier d’actrice et tout ce travail qui vient ensuite. J’essaie de…j’essaie de comprendre.
OB : Effectivement, je ne te sens pas très à l’aise durant cette interview.
IE : Non, j’aime ça quand même. J’aime ça. Il y a tout un aspect qui me plaît. C’est agréable de se faire interroger sur soi. Et de pouvoir en parler.
OB : Et être reconnue dans la rue ?
IE : Parfois, c’est vraiment agréable, comme un cadeau du ciel lorsque quelqu’un te dit « J’ai aimé ton travail », « Merci ». C’est aussi difficile à recevoir parce que bon…je ne sais pas, voilà…c’était quoi la question ?
OB : Je te demandais comment tu vivais le fait d’être reconnue dans la rue, cette exposition permanente.
IE : Bien sûr, on n’a parfois pas envie d’être dévisagé ou reconnu, par exemple quand on va au supermarché. Mais j’essaie de jouer le jeu. Ça ne se passe pas toujours comme ça.
OB : Et avec tes amis, comment vis-tu le succès ?
IE : Non.
OB : Rien n’a changé ?
IE : Non.
OB : C’est bien. Qu’est-ce que l’interprétation pour toi ? Car tu changes de personnage.
IE : Je ne comprends pas très bien. Je ne sais pas, je ne comprends pas.
OB : Qu’est-ce qui t’as poussée à faire ce travail ?
IE : C’est venu tout seul, j’ai intégré un cours, j’ai commencé à quatorze ans, par curiosité, puis j’ai rencontré un professeur avec laquelle j’ai beaucoup sympathisé et j’étais heureuse dans ses cours et après… j’ai su que je voulais vivre de ça et j’étais vraiment motivée, alors j’ai commencé à travailler dans une pièce de théâtre avec un metteur en scène. Et à partir de là, du moment où les gens voyaient la pièce, tout le reste s’est enchaîné par le bouche à oreille. Mais, oui, tout est parti de ma curiosité et de ce cours de théâtre, et je ne sais pas ce qui m’a pris à ce moment-là. Mais tout est arrivé petit à petit, naturellement, tout s’est enchaîné.
OB : Et dans ta famille, il n’y avait pas d’acteurs ?
IE : Non, il y a une femme dont tout le monde me parle, on me demande si j’étais, suis de sa famille et je suis de sa famille, mais très éloignée. Elle s’appelle Blackie Efrón, Paloma, elle était journaliste, elle dansait ou chantait, je ne sais pas, elle était comme ça, un peu artiste. Et beaucoup de gens m’en parlent, mais je ne l’ai pas connue.
OB : Tu ne te sens pas liée à elle.
IE : Si, quelque part si, un peu, si, si. Je ne l’ai pas connue mais si, je suis un peu liée à elle.
OB : Une sorte de parenté éloignée ?
IE : Oui, il y a comme une connexion. Oui.
OB : ien. Très bien. Et pendant toute la durée de, on va dire de l’apprentissage, car bon, tu sais déjà des choses, mais je suppose que l’apprentissage continue, non ? Tu as eu des rôles très différents à jouer. Peux-tu nous parler de ces rôles ?
IE : Oui.
OB : Un peu.
IE : Bien. J’ai l’impression que les rôles ont toujours eu quelque chose à voir avec la découverte sexuelle en général. Presque tous sauf un, le dernier que j’ai fait, mais les autres sont toujours des rôles plus jeunes, liés à l’adolescence, à la souffrance de l’adolescence, à l’éveil des hormones ou…quelque chose comme une sorte de révolte d’adolescent aussi…Tout ça je le retrouve en général dans tous les rôles que l’on m’a confiés.
OB : Comment les choisis-tu ? Tu as plusieurs propositions ou tu prends ce qui se présente ?
IE : Je ne refuse…rien. Peut-être qu’aujourd’hui on me propose plus de choses, mais non, en général j’ai eu la chance d’avoir des propositions très intéressantes, et je les ai toutes acceptées car à chaque fois elles étaient très intéressantes. Je savais que je pouvais le faire.
OB : Oui, parce que c’est vrai on te voit toujours en adolescente, l’image que nous avons toujours de toi ici, c’est celle-là, non ?
IE : Oui, le dernier film que nous avons fait récemment, Amorosa soledad, sur une fille plus âgée, a demandé un travail important. Pour moi, me détacher de…, grandir, me placer dans un autre lieu, parce que peut-être que moi, Inès, je suis grande, mais quand tu joues, c’est comme si tu allais chercher les côtés que tu connais le plus chez toi, pas les plus inconnus, c’est donc facile pour moi de jouer le rôle d’une gosse.
OB : Oui, mais avec l’âge, il va falloir changer, forcément.
IE : Oui, je crois aujourd’hui que ça devient moins facile, j’ai plus de mal à jouer les gosses, car je ne m’identifie plus autant qu’avant.
OB : Mais avec ton physique, tu peux continuer à le faire.
IE : Oui, je peux… quatorze, treize.
OB : Oui, oui, tu peux. Tout comme Nahuel. C’est pareil pour Nahuel.
IE : Oui, c’est pareil.
OB : Parce qu’il a un corps très, très…
IE : Oui, très menu, oui.
OB : Et un visage de bébé… Tu te consacres entièrement à ton métier d’actrice ? C’est toute ta vie, n’est-ce pas ?
IE : Oui, pour le moment, oui. Pas pour toujours, j’espère.
OB : Eh bien, quelles autres perspectives s’ouvrent à toi ?
IE : Je n’en ai aucune idée.
OB : Tu ne sais pas ?
IE : Je n’en ai aucune idée. Mais j’aimerais faire d’autres choses. Oui, d’autres choses.
OB : Et tu ne sais pas dans quels domaines ?
IE : Non… non. Là maintenant, des images me viennent… que je ne peux pas traduire en paroles. Ce sont des images… Bon, j’aimerais vivre à la campagne, peut-être cuisiner - j’aime beaucoup ça aussi -, j’aimerais avoir des enfants, c’est comme un autre métier.
OB : Oui, oui.
IE : Non… mais…Pour le travail, ce n’est pas encore clair pour moi, mais j’éprouve des sensations qui me poussent à faire d’autres choses, mais je ne les comprends pas. Ce sont des sortes de signaux.
OB : Bien.
IE : On verra bien.
OB : L’avenir le dira, n’est-ce pas ?
IE : Oui.
OB : Pour le moment, tu joues et tu joues, sans cesse.
IE : Pour le moment, oui, c’est ça…
OB : Et, en plus, avec les grands de ton époque.
IE : Oui.
OB : Avec quels autres cinéastes aimerais-tu travailler ?
IE : D’Argentine ou du monde entier ?
OB : De n’importe quelle partie du monde. Pourquoi se limiter ? Il n’y a aucune frontière !
IE : D’Argentine, je ne sais pas. Je voulais travailler avec Lucrecia Martel, et je l’ai fait. Voyons, du monde… eh bien, Lars Von Trier m’intéresse. Il a quelque chose qui m’intéresse. Et le directeur d’un film que j’ai beaucoup aimé, il s’appelle Lukas Modyson. Il est suédois. Et aussi, Sofia Coppola… Sofia.
OB : C’est un assez grand panorama.
IE : Assez vaste, oui.
OB : Et bien, merci beaucoup.
IE : Merci à toi.
OB : Je te souhaite bonne chance.
IE : Merci.
OB : Amuse-toi bien.
Traduction réalisée par Laurentine Insonere, Pascale Lopez et Romain Pélofi