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VH4 - La dérive des significations
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- Le manuscrit relié par Turner
- La disposition des dessins
- Les techniques
- La dérive des significations
- Ombres et figures de l'infini
- Les 36 dessins du manuscrit
La ressemblance est troublante entre Déruchette avec Adèle Hugo. Le dessin est en fait une sorte de palimpseste : des images sont cachées sous une image. Il recompose plusieurs photographies prises à Jersey : " Adèle à l'ombrelle ", par Charles Hugo, " Adèle les yeux baissés " et " Adèle à la robe à fleurs " par Auguste Vacquerie, des épreuves datant de 1853-54. Davantage, c'est avec les deux filles de Victor Hugo que le personnage possède des points communs éminents. Si la fin du texte ne narre que la noyade de Gilliatt, en revanche la facture du portrait de Déruchette (dont le texte évoque " la clarté noyée et blême dans ses yeux fixes ", partie III, livre III, chapitre 2) ne peut manquer de rappeler le sort de Léopoldine. Un rapprochement d'autant plus fondé que la scène initiale du nom propre écrit sur une substance où il sera gommé renvoie à un geste accompli par Victor Hugo en septembre 1837, sur une plage de la Manche, et qu'il rapporte en ces termes dans une lettre à Léopoldine : " Mon ange, j'ai tracé ton nom sur le sable : Didi. La vague de la haute mer l'effacera cette nuit, mais ce que rien n'effacera, c'est l'amour que ton père a pour toi ". Sachant que Victor Hugo accordait aux images photographiques une valeur mnémonique voire médiumnique, le dessin de Déruchette qui s'en inspire n'a effectivement rien d'une illustration. Placé juste après le dernier feuillet, il acquiert une portée sémantique essentielle, renvoyant à la structure même du livre, qui commence par " un mot écrit sur une page blanche ", et à ce double abîme de la mer et de la femme (" Gilliatt avait un abîme, Déruchette "), synthétisé par la figure indicible de la femme noyée, qui, pour être en quelque sorte remplacée par Gilliatt submergé, n'en hante pas moins le récit. Si, comme le pensait Louis Aragon, " Écrire ses secrets n'était pas qu'une idée d'enfant : c'est peut-être la clef de tout art ", alors le dessin de " Déruchette ", en tant que palimpseste d'Adèle / Lépoldine, confère une portée singulière à ce manuscrit. Le sens du texte publié se voit infléchi, nuancé, complexifié par des dessins qui pointent cette part de l'intime et ce " secret " particuliers, selon Aragon, au genre romanesque.
19/12/2002
Durée du programme :13 minute(s) et 42 secondes
Classification Dewey :Les arts, Littérature
Entretiens
Niveau :Tous publics / hors niveau
Disciplines :Lettres classiques, Histoire de l'art et Archéologie
Fiche LOM-FR :Français
