Un entretien avec
Jeffrey COLE
“ Directeur du Centre de Politique de la Communication et des Médias de Divertissement à UCLA”
lors de sa visite à l’Université Toulouse I en juillet 2003.
“Le Centre de Politique de la Communication de l’UCLA est au premier rang des institutions universitaires qui fixent les nouvelles tendances dans le divertissement.” (President Clinton)
Régulation des médias aux USA
Docteur Cole, je vous remercie d’être ici avec nous pour cet entretien. Jeffrey Cole, vous êtes donc le Directeur du Centre de Politique de la Communication et des Médias de Divertissement à UCLA, vous êtes un expert de la communication dans les médias aux Etats-Unis mais vous avez aussi une grande expérience internationale et les questions qui intéresseraient, je crois, nos étudiants sur “VO Langues”, la chaîne nationale en français pour les langues étrangères , sont des questions d’ordre interculturel. La première question qui m’est venue à l’esprit quand je me suis penchée sur vos travaux, concernait une structure typiquement française: quel en est l’équivalent, s’il existe, aux Etats-Unis? Je veux parler du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel(1) qui est … Cela vous dit-il quelque chose?
Vaguement, mais j’aimerais bien que vous me rafraîchissiez la mémoire.
Eh bien, je ne suis pas moi-même un expert de cette institution. Il s’agit essentiellement d’un organisme de contrôle, qui approuve en quelque sorte ce qui passe dans les média. Existe-t’il donc un organisme comparable aux Etats-Unis?
Pas vraiment. Le seul organe des média aux Etats-Unis qui soit soumis à beaucoup plus de contrôles que les autres est la télévision parce qu’elle utilise des ondes hertziennes qui sont physiquement peu nombreuses, si l’on ne considère que l’accès. Et donc, et de loin, l’audiovisuel est le média le plus réglementé… bien qu’il ne le soit pas énormément, surtout si on compare avec la France ou l’Europe de l’Ouest; mais aux Etats-Unis nous avons des lois contre l’outrage à la pudeur sur les ondes, qui portent en général sur le langage. On ne peut tenir certains propos choquants mais en dehors de cela, il n’y a pas grand chose… Il y a un règlement concernant la propriété des stations par exemple, une des rares choses que vous n’avez pas le droit de faire en Amérique, si vous n’êtes pas Américain - vous pouvez être propriétaire n’importe où, mais être propriétaire d’une station émettrice est une des seules choses que vous ne pouvez pas faire. Quand Rupert Murdoch(2) a voulu lancer sa chaîne Fox, il a du, en fait, renoncer à sa citoyenneté australienne et prendre la nationalité américaine. Il y a donc des lois sur la radio-télédiffusion – un peu sur le contenu, un peu sur la propriété – mais le gouvernement ne joue pratiquement aucun rôle dans l’industrie cinématographique, notre système d’évaluation, l’Association du Cinéma, et le système d’évaluation aux Etats-Unis est volontaire. Cela a …, cela s’est fait parce qu’on craignait une main mise de l’Etat mais le gouvernement n’a rien fait. L’édition, en dehors de l’obscénité ou de la diffamation, ou autres, l’édition n’est absolument pas réglementée par l’Etat. Et donc globalement il n’y a pas de contrainte et on peut faire, jusqu’à un certain point, quasiment ce qu’on veut.
(1) le CSA
(2) La vie de Rupert Murdoch, magnat des média se présente comme une suite de bonds d’un pays à l’autre, en accumulant les acquisitions . Dans les années 60, ce fut à Sidney (The Mirror), à Londres (The News of the World et The Sun). Dans les années 70, à New York (le New York Post). Dans les années 80, à Hollywood (20th Century Fox et Fox News) et de nouveau à Londres (achat du Times et du Sunday Times, confrontation avec les syndicats à Wapping et lancement de la télévision satellite qui allait plus tard devenir BSkyB en Grande Bretagne. Dans les années 90 en Asie (Star Télévision). Murdoch a lui-même qualifié ces acquisitions de suite de batailles dans une guerre sans fin pour de nouvelles conquêtes. De tous ces combats, la chaîne Star que Murdoch a achetée en 1993 est la plus difficile à développer. Elle a un vaste potentiel: les empreintes de ses satellites vont du Japon au Moyen-Orient en passant par l’Asie du Sud-Est, et couvrent les deux tiers de la population mondiale.